De toute façon il était toujours en fuite. Pour vol de voiture, pour braquage à main armée, pour meurtre prémédité. Qu'importe. Il ne craignait pas la police, il avait l'habitude.
Les flics aussi avaient l'habitude. Et pourtant, jamais ils ne se lassaient de poursuivre à tout va ce jeune délinquant, maigre comme un clou, qui sautait par-dessus les murs, qui
escaladait les immeubles aussi facilement qu'il respirait.
Personne ne savait exactement son vrai prénom, car il se faisait un devoir d'en changer régulièrement. Il refusait son identité en bloc. Un jour il était Paul, le lendemain Hans, le jour
d'après Pablo. Il changeait de nationalité, se maquillait parfois, mélangeait les styles. Personne ne savait comment l'appeler. Pour tout le monde, il était Ed. C'était le premier
prénom sous lequel on le connaissait dans le quartier.
On ne peut pas dire que Ed était aimé. Il était connu, point. Il n'était pas vraiment redouté, ni craint. Ce jeune homme changeant d'identité comme nous changeons de chaussures
était si fermé sur lui-même que la seule impression qu'il dégageait était une appréhension incroyable. Personne ne savait comment il allait réagir, personne ne savait quoi lui dire quand
il daignait vous adresser la parole. L'anonymat et le silence, telles étaient les uniques valeurs qu'il respectait.
D'une traction puissante et précise, il se hissa sur le premier balcon venu, ouvrit la fenêtre, et traversa l'appartement inconnu dans lequel il venait de pénétrer. Un désordre incroyable
régnait dans les lieux, mais il ne fit pas attention. Il repéra un petit sachet de poudre sur une table, le mit dans sa poche et sortit au pas de course. Les flics étaient toujours à sa
poursuite. Il était temps pour lui de rejoindre le vieil hangar désinfecté qui lui servait accessoirement de planque. Il avait vraiment été stupide, se faire prendre comme un rat après des
mois de raisonnement. Il l'avait bien analysée, la demeure dans laquelle il devait commettre ce vol d'½uvre d'art. Les propriétaires étaient de riches mafieux, il faut dire qu'ils étaient
plutôt connus comme la famille la plus respectable de la ville. Il habitait Venise. Ici, les crimes, le trafic de drogue ou de femmes étaient monnaie courante, plus rien ne choquait. Il
avait appris à se débrouiller seul dans cette ville, au fond la police lui importait peu, elle était mêlée à des centaines d'affaires. Ce qui l'inquiétait, c'était de savoir que la famille
Dimenticare allait être à sa recherche dans peu de temps.
Il les connaissaient bien, il avait commis plusieurs « services » pour eux, ils lui faisaient confiance. Seulement, tout bascula lorsque le fils Dimenticare, Jorgio pris pour cible Célia.
Célia c'était l'unique personne qu' Ed aimait. La seule pour qui il aurait pu devenir quelqu'un de bien. Elle l'avait tant aidé. C'est elle qui, un soir où comme tant d'autres une bagarre
c'était mal fini, le recueilli. Elle ne posa aucune question, se contenta de lui extirper avec difficulté la balle qu'il avait dans le bras. Ed s'était confié, il lui avait dit que ce n'était pas
de sa faute, que c'était cette ville qui voulait de plus en plus de morts et malheureux dans ses rues. Que c'était le diable qui régnait en maitre sur ces lieux et que lui était
simplement là pour donner justice à ceux qu'il estimait bons. Célia était une prostituée, elle connaissait bien le diable dont Ed parlait, c'est lui qui avait enlevé sa vie. Il l'avait
mise sur le trottoir, l'avait droguée avant pour être sur qu'elle obéirait. Mais Célia n'était pas du genre à se laisser manipuler, elle avait résisté à la drogue mais avait tout de
même obéit aux ordres. Elle ne voulait pas mourir.
Ed, entra dans le hangar. Déposa sa veste en cuir. S'assit dans le canapé. Se releva et pris une bière.
Avant même d'avoir pu se rasseoir pour descendre sa binouze tranquillement, un craquement se fit bruyamment entendre. Cela venait du fond du hangar, où il n'y avait pas de lumière.
Puis, le silence. Méfiant, Ed se dirigea vers la porte à moitié cachée par des étagères. Qu'est ce qui avait fait ce bruit ? Il inspecta minutieusement chaque recoin, rien. Toujours sur
le qui-vive, il retourna s'asseoir sur le divan défoncé. Il but sa bière d'un seul trait, balança la bouteille dans un coin. Il ne se préoccupait pas vraiment de ranger. Il sortir le petit sachet
de la poche intérieure de sa veste, et se traça quelques lignes.
Il en était à sa cinquième ligne quand le bruit retentit une nouvelle fois. Il fut cette fois suivi de petits craquements continus. Sans pouvoir identifier la source de ces bruits, Ed se releva,
légèrement engourdi par la drogue.
L'odeur du danger le saisit d'un coup. Il avait l'intuition du brigand. Sans pouvoir vraiment expliquer pourquoi, il se recula d'un coup, soudainement vif et précis, comme s'il était au meilleur
de sa forme. Il continua de scruter l'obscurité, lorsqu'il sentit quelque chose rouler à ses pieds.
La grenade s'arrêta pile devant son pied droit. Ed la regarda, la détailla. Un léger clic se fit entendre. L'adrénaline coula dans ses veines comme ruissellerait de l'eau. En l'espace de 3 secondes à peine Ed, c'était précipité derrière un des blocs de pierre présent dans le hangar. La grenade rasa une grande partie du lieu, en défonçant même le toit. La déflagration fut d'une violence tel qu'il cru l'espace d'une seconde qu'il était mort. Une fois de plus il y avait échappé de justesse à la mort, mais pour combien de temps encore ? Il sentait bien qu'elle était à sa chasse. La grenade avait causé de nombreux dégâts et il avait désormais la jambe ensevelie sous une taule de vielle ferraille, il ne la sentait plus. Il avait le regard troublé, tout commençait à s'effacer sous le choc. Il percevait au sol l'étendue qui était formée par son propre sang. Derrière lui, il entendit des bruits de pas, il essaya avec la force du désespoir de s'extirper de ce piège mais l'accumulation de la drogue et de l'accident lui firent perdre connaissance.
Le soleil aveugla le regard d'Ed, il était au milieu d'une pièce entièrement blanche où la lumière avait plus l'aspect d'une agression plutôt que celui du réconfort. Elle avait l'allure d'une chambre, il était installé dans un lit confortable, il faut bien l'avouer. Soudain une femme entra :
« - Bien dormi Mr Benito ? »
Le coup porté par cette femme fut d'une terrible violence, comment connaissait t'elle sa véritable identité qu'il masqué depuis tant d'années ?
En cours aussi ;-).

